• 13 juin - 12:30
  • Ecrit par Raphäl YEM

Fashion zonzon

Son blaze se chuchote avec passion dans le milieu de la fashion. Cette petite a tout d'une très grande. La créatrice Sakina M'Sa ne fait rien comme les autres. Peut être est-ce son parcours street atypique, ses origines comoriennes ou tout simplement son talent inné qui en fait l'une des stylistes françaises les plus prometteuses. Peut être aussi le fait qu'elle anime des ateliers couture en direction des femmes des quartiers populaires. Qu'elle ait installé sa boutique en plein cœur de la Goutte d'Or à Paris, voyou de la mode. Ou encore, qu'elle donne des identités à ses vêtements. Mieux, qu'elle fasse défiler des gens qui n'ont rien à faire sur un podium.

Vendredi dernier, elle a récidivé. En faisant défiler des détenues, au sein de la Maison d'arrêt des femmes de Fleury-Mérogis. A l'invitation de ces dernières, et dans le cadre d'un projet monté par l'Association de recherche d’animations culturelles (Arac), le service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) ainsi que la direction de l'établissement. Sur un tapis rouge posé à même le sol du gymnase, une trentaine de détenues, prévenues et condamnées, ont marché ensemble comme des re-stas, devant plus de 150 co-détenues en furie.

Sarah, 29 ans, condamnée, sort en décembre prochain. On la capte à la sortie du podium : "C'est l'un des plus beaux jours de ma vie ! Tu te rends pas compte, aujourd'hui, c'est moi Naomi ... En prison, quelques fois, on n'a pas le droit de sa maquiller, on n'a pas beaucoup de sapes dans nos placards. Et là, on m'a pomponné et habillée comme une princesse", dit-elle en larmes, dans un haut noir crocheté, sur des hauts talons qui la font scintiller. "On m'avait jamais traité comme ça, encore moins entre quatre murs. Ce genre de journée m'aide à tenir, ça me fait penser à dehors". A la fin du défilé, Sakina M'Sa est porté en héroïne par ses mannequins d'un jour. L'émotion est partout, comme le glam, qui l'espace de ce défilé "autre-couture", a pris possession du lieu. Les détenues regagnent leurs cellules, et poussent le son à fond. Les portes de la Maison d'arrêt se referment.

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