• 19 août - 10:23

Interview exclusive de FUZI des UV TPK

CANAL STREET a interviewé par mails interposés FUZI l’un des kings historiques des UVTPK qui s’exprime par tous les moyens, le dessin, la peinture, le tattoo, la photographie, l’écriture… Son art lui ressemble, instinctif, violent, sincère, absolument unique !

Il ne se cache pas derrière les mots et la langue de bois, jamais il ne la connaitra !

Peux-tu te présenter ?

FUZI UVTPK, artiste sauvage.

J’ai consacré ma jeunesse au graffiti et quand je dis ça, ce n’est pas une parole en l’air. Je ne parle pas de hobbie, d’un passe temps entre l’école le foot et ta meuf, mais de VIVRE pour le graffiti, taguer partout, voler tout le temps, se battre pour son nom, être toujours dans la rue, les GAV, rôder les podés, contrôler la ligne, prendre les photos, se faire courser… Penser et faire du graffiti tout le temps, cela pendant plus de 15 ans. Forcément, cela a influé très fortement sur la personne que je suis devenu, aussi bien artistiquement qu’humainement. Ai participé avec d'autres à la création et au développement du groupe UVTPK. Le plus radical, mais aussi et surtout le plus prolifique groupe de graffiti en France.

Aujourd’hui, à 35 ans, j ai arrêté de peindre sur les trains depuis quelques temps. J’ai fait croire à la vie qu’elle m'avait dompté, mais mon côté sauvage est bien là et il s'exprime par tous les moyens : dessins, peintures, tattoo, photographie, écriture… Je m’exprime dans la confrontation, je n ai jamais agi pour plaire ou encore pire pour faire "beau", je suis contre, anti tout, de nature, Mon art me ressemble, instinctif, violent, sincère.

Pourquoi FUZI ?

Pourquoi pas ? Le nom est tout en graffiti, mais il n’est rien, L’important ce sont tous les moments que tu passes à le marquer partout, je l’ai très vite compris. Je suis FUZI, mais j’ai utilisé des dizaines d’autres blazes. Pour brouiller les pistes des keufs bien sûr, mais aussi par plaisir d’endosser une nouvelle identité à chaque fois, un nouveau pincement au cœur, un éternel recommencement…

Pourquoi Ignorant Style ?

Parce que ça remonte à l’enfance, à la spontanéité, à l’instinct et encore et toujours au fait de briser les règles. Etre fier de ce que l’on me reproche, et se l’approprier. Les graffeurs de l’époque ont préféré ne voir dans ma peinture (et de celle d’autres de mon groupe) qu’un acte d’ignorant, cachant par là même leur propre ignorance, en disant que je ne savais pas peindre. Ca leur évitait d’assumer la réalité, le fait que c’était une démarche réfléchie : le fruit de mon obsession pour les premières heures du graffiti new-yorkais, mélangé à ma culture de banlieusard et de l’influence du style traditionnel vandal parisien. Un besoin de faire autrement, spontanément, violemment, tout en s’appuyant sur les fondamentaux du graffiti : peindre son nom, de façon illégale, sur les trains, les murs, le métro.

Quelques précisions concernant ta culture de banlieusard…

Quand je dis culture de banlieusard, je pense à des vandales déferlant sur la capitale, avec comme destrier un gros double étage orange défoncé de tags à la barrane. Je pense à l'omniprésence de la ligne et de ses trains passant entre les immeubles. Je pense au temps passé dans ces intérieurs, sur ces banquettes lacérées, à surveiller la suge et les contrôleurs, puis à sortir son corps par les fenêtres pour poser les tags les plus hauts. Je pense au dernier train qu’il ne faut surtout pas louper si tu ne veux pas passer une nuit blanche sur le boulevard. Je pense aux rigolades, aux joints fumés dans le dernier wagon, avec les amis. Je pense à tous ces moments que seuls les banlieusards vivent. A ça et à bien plus , qui mis bout à bout forment une culture que tu ne peux comprendre qu’en la vivant.

Quelques précisions sur ta vision du style traditionnel vandal parisien ?

Chaque génération à ses références, ses mythes, ses héros. Ce que j’appelle "style traditionnel vandal parisien", le terme, historiquement, est contestable ; c’est en gros l’ensemble des gens qui m’ont influencé. Nous sommes à la fin des années 80/début 90. Je pense plus à des images, des endroits, des sensations... En vrac, la corio, les flops des TPM (Diaz Cleon…), les fats caps énormes dans les rues des CMP (Smat, Here, Dreo...), les DKA, DKC, les places éternelles des TBA (Kiser…), les 93MC, Riden, les tags à la barrane sur les métros des FG, DKG , VEP…les tags maîtrisés à la quinze, les voix férrées de DOM ..., les CAS, les CRS, Yank... Mao, des dizaines d’autres, les TCP, les stores défoncés, les tunnels, les puces de Clignancourt, gare du Nord… mon cerveau trop souvent enfumé en oublie plein, c’est une époque révolue que j’assimile à un "style traditionnel parisien".

Tu es assez unique dans le milieu du graffiti. Comment définis-tu ton style ? Le cultives-tu ?...

Mon style est le résultat de mon parcours et de ma personnalité ; je ne le cultive pas, je le laisse s’exprimer. Il peut être vu comme simple ou naïf, mais je pense qu’il est avant tout brut, sincère. Tu détestes ou tu adores, mais tu ne peux y être indifférent. En fait y’a pas de triche ni de calcul, c’est juste moi.

Pourquoi avoir créé ton blog ?

J’ai longtemps été contre le fait de montrer mes tofs. Car à l’époque, il n’y avait pas d’internet, et le seul média graffiti c’était les fanzines. Toute une génération d’imposteurs se sont fait une réputation grâce à ces magazines, souvent créés par eux. Je trouvais que l’on y perdait l’essence même du graffiti. Je n’avais qu’à sortir de chez moi pour voir qui était présent et surtout ressentir cette ambiance, d’un whole car qui arrive à St Laz ou d’un intérieur de petit gris éclaté à la barranne. Rien à voir avec une tof cadrée sérré, pour cacher que ça a été peint en Normandie et pas sur la ligne. Donc j’ai boycotté, préférant être sur le terrain, (les trains en l’occurrence). J’ai gardé mes archives, je n’avais rien à prouver, la réalité, t’avais qu’à sortir pour la connaitre. Aujourd’hui, de l’eau a coulé, de plus internet est incontournable et je suis totalement libre et indépendant dans ma démarche, je montre et dis ce que je veux. J’y ai exposé pas mal de tofs et aussi des textes ou j exprimai les valeurs et les idées qui me tiennent à cœur. J’ai eu beaucoup de retours intéressants, d’autres plus rageux et les gens ont pu découvrir mon vrai visage et une partie de mon parcours. J'ai pu aussi connaitre grâce à ce blog des gens qui valent et que je n’aurais pu croiser ailleurs. Mais je l’ai aussi souvent stoppé, effaçant tout. A l'instar du graffiti, je voulais que cela reste éphémère car internet a aussi ces mauvais côtés, notamment le fait que tout te tombe cuit dans le bec. L’acte est dévalorisé, tout ce qui se cache d’humain derrière un train peint, l’aventure et les risques encourus sont balayés d’un clic de souris. Mais ceux qui en font vraiment ne peuvent l’oublier, c’est plus pour les "consommateurs " et pour les rois de la discussion sur les forums que je dis ça…

Quelles sont tes influences artistiques ?

Je me nourris de tout, du graffiti dans les chiottes, au dernier artiste contemporain à la mode, au même niveau. Je lis beaucoup, observe, m’éduque à ma sauce, digère tout ça, le confronte à mon vécu et en chie un résultat qui est unique.

Comment a démarré ton aventure tattoo ?

Le tattoo m’a toujours plu, inconsciemment « encré » déjà en nous, associé à la vie que nous menions dans la rue. C’était les trois points des anciens, mais aussi les références aux tattoo de gangs aux States que nous pouvions voir sur des pochettes ou des reportages. Kiss nous tatouait,mais j’étais trop obsédé par le graffiti pour m’y intéresser plus que ça. Puis quand j’ai peu à peu diminué le vandal, me restait l’envie de dessiner,de la tout s’est fait naturellement. J’ai acheté une machine sur le net, et j ai appris seul en me tattouant les cuisses, puis mes potes , rien que du classique quoi, à part le fait que je ne tattoo que MES motifs et ça fait toute la différence. Je considère le tattoo comme un outil de plus pour m’exprimer. Je ne me reconnais pas du tout dans le monde du tatouage. Ce ne sont, pour la plupart, que des artisans, répétant à la chaine des flashs périmés pour des gens sans intérêt. C'est tout sauf rebelle d’avoir un tattoo aujourd’hui ; sauf peut-être un des miens…

Les personnes que tu tatoues viennent-elles avec leurs propres sketches ? Leur proposes-tu des dessins ? As-tu des commandes ?

Les gens me contactent par mail, viennent à la maison. Ils me demandent un motif qu’ils ont vu sur mon site,ou bien me décrivent l’idée qu’ils ont et je leur fait un truc à ma sauce. Inutile de te dire que je ne fais pas de tribal ou de dauphin… Les gens qui viennent me voir se reconnaissent dans mon style, ils ne veulent pas aller voir un tatoueur lambda, ce sont souvent des gens du graffiti mais aussi de plus en plus des gars qui veulent autre chose qu’un tattoo «bien fait» mais sans âme.

Ressens-tu un décalage entre l’image associée à ton crew Ultra Violent The Pyskopath Killerz et ton style ?

Non, pourquoi ? Je peux faire un perso ranma avec un lettrage "naïf" et des couleurs flashy sur un métro, quand ca rentre en stat, ça reste violent aux yeux des voyageurs. Ce que je ressens surtout c’est le décalage entre l’image associée aux UVTPK et ce que nous sommes. Réduire le groupe UVTPK à des dépouilleurs sans cerveaux. Pour beaucoup ce fut l’aubaine pour ne pas admettre que nous les dominions non seulement physiquement mais surtout en GRAFFITI. Nous sommes avant tout des passionnés de graffiti. C’est ce qui nous a réunis, et c’était notre principale activité. Parfois nous étions violents, - c’est vrai madame la juge, mais nous n’étions que "le fruit de notre environnement".

Ton actu ?

Je prépare une grosse expo solo, la première, à Amsterdam fin octobre avec beaucoup de peintures, de dessins et de photos. Mon livre va sortir au printemps 2011, il s’agit d un recueil de photos et de textes exclusivement consacré aux intérieurs de St Lazare portant sur la période 1996-2001. J’ai aussi pas mal d’autres projets en cours dont je parlerai en temps voulu…

Des dédicaces ?

Aux UVTPK. A ceux qui prennent des risques et font vivre ainsi le vrai graffiti.

FUZI UVTPK
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